mercredi 2 décembre 2020
Médias

Médias, à propos de l’expression « selon une étude »

Quand on lit dans les médias « selon une étude » que faut-il en réalité comprendre ? S’agit-il d’une étude d’opinion ou d’une étude scientifique et comment interpréter les chiffres qui nous sont donnés ? 

Cela veut tout et rien dire !
« Lorsque vous lisez dans un journal ou entendez à la télévision « selon une étude », cela veut tout et rien dire ! On peut parler d’une étude menée pendant 20 ans sur 200 000 personnes ou d’une étude menée sur quelques souris ou encore d’une étude menée par une association de consommateurs ou une ONG dont on ne connait pas le protocole. Il peut aussi s’agir d’une étude d’opinion ou d’un sondage ... Sans précision sur le nombre de participants, les protocoles utilisés ou encore la durée, il manque les éléments fondamentaux de contexte qui font que cette information n’est pas intelligible. Elle n’a aucun sens et donc aucune valeur. »

La fabrique de l’information dans les grands congrès internationaux
L’information que l’on peut lire dans les médias à l’occasion des congrès internationaux, comme ceux de cancérologie, reflète-t-elle l’information qui est transmise au cours de ces congrès ? 
« Seuls quelques résultats présentés dans les grands congrès internationaux vont être mis en avant par des journalistes qui se sont documentés et ont travaillé en amont. Ces journalistes sont souvent en contact avec des chercheurs depuis longtemps, les congrès sont l’occasion pour eux de mettre en perspective de nouvelles données enfin publiables. Par ailleurs, lors des conférences de presse organisées par les congrès internationaux, les organisateurs vont sélectionner et choisir de mettre en avant des études dont il faut parler. Est-ce réellement l’avancée du jour, c’est la question. Le contenu de la conférence de presse ne sera pas forcément relayé au 20h ou dans les journaux, les journalistes peuvent également choisir de relayer le contenu du communiqué de presse qui a été rédigé parfois deux mois à l’avance en y réalisant l’interview d’un chercheur. Des notions extrêmement complexes vont être abordées dans ces congrès et le journaliste va parler de ce dont tous les autres médias vont parler, en y ajoutant éventuellement l’éclairage de chercheurs. Si l’information a été spécifiquement préparée à travers un communiqué de presse, il aurait bien tort de s’en priver ! Mais ce système peut parfois occulter des travaux qui peuvent s’avérer beaucoup plus intéressants, bien que n’ayant pas reçu l’attention ou la promotion du congrès. »

Agences de presse ou « Agences de presque » ?
Peut-on encore avoir confiance dans les dépêches d’agences AFP, AP ou Reuters ? « Il est vrai qu’en matière d’information scientifique, certains journalistes qui travaillent pour ces agences n’ont pas toujours de formation scientifique et peuvent faire des erreurs très importantes. Le fait que la dernière étude en date n’est pas forcément la plus à jour ou celle qui reflète au mieux le consensus scientifique est très fréquent. Lors d’une annonce faite pour une pommade contre la maladie de Lyme, par exemple, une agence de presse avait titré « une pommade efficace à 100% contre la maladie de Lyme ». En réalité, l’étude disait exactement le contraire, la conférence de presse expliquait que l’étude avait été stoppée parce que ça ne fonctionnait pas. »

Des distorsions folles dans le traitement de l’information scientifique
« Or ce type d’information est ensuite repris dans tous les journaux parce que les journalistes font entièrement confiance à ces agences de presse. Ils pensent que les journalistes qui y travaillent sont de très bons journalistes et ne vérifient pas toujours l’information. Or l’information est vérifiée par des êtres humains sur des sujets complexes et les journalistes des agences de presse ne sont pas plus fiables que n’importe quel autre journaliste en charge de reprendre ces dépêches pour les mettre au format de leur journal. Ceux-là peuvent utiliser le temps qu’ils ont gagné en n’ayant pas eu à écrire la dépêche pour vérifier l’information avant de la traiter. Si les agences de presse et les journalistes font globalement du bon travail, on ne peut pas leur faire confiance aveuglément, la vérification de l’information reste primordiale pour tous les journalistes. »

En savoir plus : https://www.observatoiredelinfosante.com/

Interview réalisée à l’occasion de la parution de l’ouvrage « Santé, science, doit-on tout gober ? », Florian Gouthière, Belin. https://www.belin-editeur.com/florian-gouthiere