dimanche 27 septembre 2020
Médias

Ne pas se laisser déborder par ses émotions, le b.a.-ba du journalisme

« Journalisme d’information, journalisme d’émotion ? » Stéphanie Chevrel interviewe, à Yaoundé, au Cameroun, Slobodan Despot, Directeur de la Lettre d’information Antipresse à l’occasion des 48èmes Assises de la presse francophone.

 Comment lorsqu’on est journaliste, ne pas se laisser déborder par ses émotions dans des mouvements populaires ?
« Le journaliste se distingue en principe du quidam ou du manifestant par le fait qu’il a appris et que c’est donc son métier de prendre une certaine distance par rapport aux événements.
Mais lorsqu’un journaliste se retrouve face à face avec une tragédie humaine, il va évidemment réagir comme un humain et non comme une machine. En revanche, la stratégie générale des rédactions et le système médiatique qui poussent à l’émotion doivent être tout particulièrement étudiés parce que la fonction des médias n’est pas de surexploiter l’émotion. »

Entre l’état, la rédaction, les citoyens, les réseaux sociaux..., comment ne pas se faire manipuler quand on couvre une actualité « chaude » ?
« Tout le monde va effectivement essayer de nous manipuler parce que nous sommes utiles à tous : utiles à celui qui manifeste et qui a quelque chose à dire, vous êtes son relais ; utiles à votre rédaction, votre public attend quelque chose de vous. Vous devez trouver un juste équilibre qui correspond à votre charte déontologique. Vous devez respecter les faits et traiter l’information avant le commentaire et l’émotion qu’elle suscite en vous.
Il s’agit d’une affaire de caractère mais aussi de conscience de ce qu’est le métier de journaliste. Il faut se demander chaque jour pourquoi on le fait. Si notre rôle est d’être le rocher dans la tempête. Ne pas laisser transparaître notre émotion est élémentaire. »

Pouvez-vous nous présenter « Le Rayon bleu », livre que vous venez d’écrire et qui est paru aux éditions Gallimard ?
« C’est un livre sur la guerre froide, sur la course à l’armement nucléaire. Un thème qui m’a toujours fasciné. Le jeu de la dissuasion nucléaire suppose que vous perdiez conscience de votre humanité. Lorsque vous entrez dans ce monde-là, vous devez imaginer que ce n’est qu’un jeu d’échec et ne pas perdre de vue que la moindre erreur dans ce jeu, le moindre geste précipité peut effacer l’humanité toute entière.
Or, il se trouve que dans toutes les grandes puissances, il existe des individus qui ont assez de conscience pour essayer de désactiver cette course à la destruction.
C’est tout le sujet de ce livre. »

 En savoir plus : https://antipresse.net/ - https://www.pressefrancophone.fr/ - https://www.observatoiredelinfosante.com/