mercredi 19 mai 2021
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Covid-19 et infodémie : l’autre pandémie à endiguer

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« La Covid-19 est la première pandémie de l’histoire dans laquelle les réseaux sociaux sont utilisés »
Tel est le constat du Dr Sylvie C. Briand lorsqu’elle observe la façon dont le grand public a été informé depuis le premier cas de coronavirus recensé à Wuhan, en Chine, le 1er décembre 2019. D’emblée, la directrice de la gestion des risques infectieux à l’OMS (programme de gestion des situations d’urgence sanitaire), y voit une avancée : les nouvelles technologies qui permettent une information instantanée au même moment, n’importe où dans le monde, sont un progrès. Un pas en avant pour informer en temps réel et permettre à chacun de se protéger, se mettre en sécurité face à un danger sanitaire. Sauf que, dans le même temps, les outils qui permettent d’être connectés à tous, à tout, partout, tout le temps, sont aussi ceux qui délivrent de fausses informations ou autres théories de complots, et favorisent une infodémie. « Les fake news s’amplifient, vite, en plusieurs langues et dans plusieurs pays », commente le Dr Sylvie C. Briand. Ce qui complique toute riposte et tout programme de lutte contre la pandémie. Car le doute plane. La confiance s’étiole. « On ne sait plus ce qui est bénéfique ou pas pour la santé », souligne-telle. Autrement dit : trop d’information tue l’information. Il faut trier, hiérarchiser, ne pas perdre pied.

Images et vidéos « ont beaucoup plus d’impact sur le public qu’un article dans la presse »
Facile à dire, mais pas si simple à réaliser. « Car une épidémie, ça provoque beaucoup de peurs », rappelle le Dr Sylvie C. Briand qui compare les incertitudes des uns et les appréhensions des autres à « une nouvelle maladie ». Alors, certes, aujourd’hui, on en sait un peu plus sur les modes de transmission, l’évolution des malades, la pertinence des tests… « mais les informations arrivent au compte-gouttes, même si au bout d’un an à peine, on parle déjà de vaccins », nuance la représentante de l’OMS. Les paradoxes se multiplient. Quand certains applaudissent les soignants, d’autres les stigmatisent en leur reprochant de transmettre le virus… La méfiance est de mise. Et ce d’autant que tous les scientifiques ne sont pas d’accord entre eux. À cela s’ajoute les désobéissants, à l’instar des anti-masques, par exemple. « D’un côté, nous vivons dans un monde physique et, de l’autre, dans un monde virtuel. Les deux mondes sont connectés, mais nous n’avons pas la même perception de l’information d’un monde à un autre », regrette le Dr Sylvie C. Briand. En effet, les formulations diffèrent, les formats et la vitesse de transmission aussi. La force des réseaux ? Ils véhiculent images et vidéos « qui ont beaucoup plus d’impact sur le public qu’un article dans la presse ».

« L’information ne doit pas être un frein, mais bien une solution »
« Lors d’une épidémie de fièvre jaune en Angola, une rumeur avait couru selon laquelle si on se faisait vacciner, on ne pouvait plus boire de bière pendant une semaine », se souvient le Dr Sylvie C. Briand. Résultat : « Les hommes ne venaient plus se faire vacciner ! » Les croyances ont la vie dure. Or, dans le domaine de la santé publique, la diffusion de fausses informations peut coûter des vies. Le médecin de l’OMS préconise d’instaurer de « bonnes pratiques » dès que d’aucuns postent et diffusent sur le Web. « L’information ne doit pas être un frein, mais bien une solution face à une épidémie », dit-elle. Dans ce contexte, l’OMS s’est dotée d’outils pour mieux cerner les attentes du public. Ces outils prennent la forme d’une écoute attentive des inquiétudes des uns, des interrogations des autres, « pour mieux prodiguer la bonne information », explique le Dr Sylvie C. Briand. Car cette écoute se base sur l’analyse de chaque mot entendu, pour en décrypter une émotion, en comprendre les racines d’une colère.

L’« infodémiologie », une science de la gestion des infodémies
L’objectif étant d’apaiser en expliquant, de rassurer en informant. Cette nouvelle discipline a été baptisée « infodémiologie » et se définit comme une science de la gestion des infodémies. Selon l’OMS, l’infodémiologie vise à « comprendre le caractère pluridisciplinaire de la gestion des infodémies ; reconnaître des exemples actuels d’infodémie et connaître les outils disponibles pour comprendre, mesurer et combattre le phénomène ; élaborer un programme de recherche en santé publique pour canaliser les efforts et les investissements vers ce nouveau domaine scientifique ; et, enfin, créer une communauté de pratique et de recherche ». Pour ce faire, des profils très variés sont sollicités : experts en épidémiologie, santé publique, mathématiques, applications technologiques, sciences sociales, journalisme, médias, marketing, éthique…, tous ont un regard qui peut faire avancer les choses.

« Travaillons ensemble pour lutter contre l’infox »
« Nous avons déjà formé des gestionnaires de l’infodémie » : 150 personnes dans 63 pays différents vont pouvoir mettre en œuvre les outils mis à leur disposition, à commencer par les façons d’approcher et d’écouter le public. « L’ennemi, c’est le virus, pas les populations […] Travaillons ensemble ! » préconise le Dr Sylvie C. Briand : « Journalistes, spécialistes de la communication, professionnels de santé, scientifiques, politiques… ensemble, on fera plus vite et mieux pour lutter contre l’infox. »


« Quand l’infodémie santé s’invite dans le débat ! ».
Rencontre organisée par le festival de la communication santé le 24 novembre 2020, en partenariat avec l’ISCOM et le soutien institutionnel d’Elsevier Masson, de la FNIM  et de l’Observatoire de l’Information Santé.  Partenaires médias : Acteurs de santé Tv, Prescription Santé, La Veille des acteurs de la Santé, Doctissimo et Pharmaradio.

Intervenants
Dr Sylvie C. Briand : directeur, gestion des risques infectieux, programme OMS de gestion des situations d’urgence sanitaire. Brigitte Fanny Cohen : journaliste santé. Dr Gérald Kierzek : directeur médical de Doctissimo, chroniqueur et éditorialiste médical du Groupe TF1/LCI. Caroline Faillet : netnologue – CEO d’Opinion Act. Daniel Rodriguez : président d’Elsevier Masson. Éric Phélippeau : vice-président du festival de la communication santé.

En savoir plus
Décoder l’info, de Caroline Faillet, aux Éditions Bréal.