samedi 20 juillet 2024
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Le phénomène des générations

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On a coutume de dire que la grand-mère a été inventée au XIXe siècle.
Pour ce numéro, nous vous proposons d’analyser le phénomène des générations à travers quelques innovations santé qui ont permis en 120 ans de vivre presque deux fois plus longtemps que nos aïeuls.

Aujourd’hui, le nombre de centenaires est très important, ce qui fait dire à Hervé Le Bras, démographe au Centre national de la recherche scientifique, « Nous sommes passés de 3 à 5 générations ».

La durée de vie
Elle a considérablement augmenté au cours des cent dernières années en raison notamment de l’amélioration des conditions de vie, des progrès médicaux et de l’accès aux soins. Voici quelques chiffres de l’évolution de l’espérance de vie dans trois pays : en France, l’espérance de vie à la naissance qui était d’environ 48 ans en 1900 est passée à plus de 82 ans en 2020. Aux États-Unis, elle était de 47 ans en 1900 pour atteindre 79 ans en 2020 et au Japon de 45 ans en 1900 à plus de 84 ans en 2020. En 1980, l’espérance de vie mondiale était d’environ 62 ans pour les hommes et de 67 ans pour les femmes. En 2020, elle est d’environ 73 ans pour les hommes et
76 ans pour les femmes.

Vieux à quel âge ?
À partir de quel âge est-on vieux ? Un sondage Ipsos de mars 2019 révèle que les Français estiment qu’on est considéré comme « vieux » à partir de 69 ans. Cette vision diffère selon les pays et les cultures. En Amérique latine, il faut dépasser les 70 ans pour être considéré comme une personne âgée. En Asie, les Japonais sont vieux à partir de 66 ans contre 56 ans en Malaisie et pour l’Arabie Saoudite, vous êtes vieux à 55 ans ! À quel âge est-on « vieux » pour sa famille, ses collègues ou son médecin ? Cela dépend ! Ainsi, le monde de l’entreprise considère les plus de 45 ans comme « seniors » tandis qu’en médecine l’âge tourne plutôt autour de 70 ans.

« Personne n’est jeune après quarante ans
mais on peut être irrésistible à tout âge. »
COCO CHANEL

L’âge, c’est dans la tête ?
En réalité, il existe trois notions d’âge : l’âge réel, celui de l’état civil, l’âge social, celui que l’on nous donne et enfin l’âge ressenti qui correspond à celui qu’on a l’impression d’avoir. Plusieurs travaux de recherche montrent qu’il existe d’ailleurs un écart de 10 à 15 ans entre l’âge ressenti et l’âge réel. Interrogés sur leur propre sentiment d’appartenir ou pas à la catégorie des seniors, nos aînés ont tendance à s’y voir de plus en plus tard : seuls 39 % des 61-65 ans se sentent appartenir à la catégorie des seniors contre 64 % des 66-70 ans et 73 % des 71-75 ans (Étude TNS Sofres, avril 2016).

Baby-boom
La génération du baby boom, personnes nées entre 1946 et 1964, a eu plusieurs impacts et bienfaits par sa participation à de nombreuses avancées technologiques et scientifiques, l’informatique, l’aérospatiale, les télécommunications, et la médecine. « Les générations sont construites par des événements historiques et les contextes socio-économiques dans lesquels elles grandissent
», souligne Hervé Le Bras. « Les baby-boomers ont traversé des périodes de croissance économique et de prospérité pendant une grande partie de leur vie. Ils ont également bénéficié des révolutions technologiques dans les domaines de la communication et des médias. »

Les grandes différences entre les générations
Les attitudes envers le travail ont radicalement changé. Les générations plus anciennes ont tendance à avoir une mentalité de travail plus traditionnelle et à valoriser la stabilité et la sécurité de l’emploi. Les jeunes générations sont plus ouvertes à la diversité culturelle et sensibles aux questions de discrimination et d’inclusion. Elles attachent une grande importance à l’égalité des chances et au respect de la diversité. Elles sont souvent plus axées sur leur carrière et leur réalisation personnelle et plus ouvertes à l’idée de changer d’emploi pour atteindre leurs objectifs.

Individualisme et autonomie
Sur l’utilisation de la technologie et les sources d’informations, les générations plus anciennes ont principalement compté sur les médias traditionnels tels que la télévision, la radio et les journaux pour obtenir des informations. Les jeunes générations, quant à elles, s’appuient sur les médias sociaux et les plateformes en ligne pour accéder à l’information et partager des idées. « Les plus jeunes ont grandi avec la technologie numérique, ce qui a eu un impact sur leurs préférences et leurs compétences. Très à l’aise avec les  nouvelles technologies, ils les utilisent de manière quotidienne tandis que les anciennes générations sont souvent réticentes à les adopter ». Concernant les valeurs et les attitudes envers l’autorité : « Tandis que les générations plus anciennes ont un plus grand respect envers à la hiérarchie, les générations actuelles ont tendance à être plus sceptiques à l’égard de l’autorité et valorisent l’individualisme et l’autonomie.»

30 fois plus de centenaires
Nathalie Blanpain est à la division Enquêtes et études démographiques à l’Insee, (Institut national de la statistique et des études économiques). « En 2023, 30 000 centenaires vivent en France, soit près de 30 fois plus que dans les années 1960-1975. À 100 ans, la moitié des personnes vivent encore à domicile, les autres sont en institution. 4 300 sont des hommes, souvent en couple, ils vivent plus fréquemment à leur domicile que les femmes. Devenir centenaire est nettement plus fréquent chez les diplômés du supérieur que chez les personnes sans diplôme : parmi les femmes âgées de 70 à 75 ans en 1990, 7 % des diplômées du supérieur ont atteint l’âge de 100 ans, contre 3 % pour celles sans diplôme. La probabilité d’atteindre l’âge de 100 ans devrait continuer d’augmenter. Selon le scénario central des projections de population qui prolonge les tendances récentes, 6 % des femmes et 2 % des hommes nés en 1940 deviendraient centenaires. En 2040, la France pourrait compter 76 000 centenaires. »

Côté santé
Au cours des 10 dernières années, plusieurs médicaments révolutionnaires ont permis le traitement de maladies autrefois incurables. Par exemple, l’immunothérapie pour combattre le cancer de manière ciblée. En 2020, le prix Nobel de chimie a été attribué à Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna. « La biologie moléculaire permet d’analyser les séquences de l’ADN en modifiant le code
génétique des patients pour le traitement des maladies héréditaires ». Aujourd’hui, la science et les traitements progressent de façon fulgurante, tout comme l’accès à l’information rendu possible grâce aux campagnes de dépistage. « Suite à une mammographie, si l’on
détecte un risque de cancer, on le soigne tout de suite », constate un cancérologue.

Jeunes : pas envie d’être stressés
Aujourd’hui, les jeunes ne veulent pas renoncer à leur qualité de vie. « Nous la génération des années 1960, on bossait jusqu’à 3 heure du matin ! » observe une jeune retraitée. « On a envie d’être libre, travailler enfermé dans une structure, une organisation, pas  question ! Il y a une vie après le travail », déclare un trentenaire. « La jeune génération privilégie l’alimentation et le sport, il s’agit d’un changement radical de style de vie », confirme un psychologue. « Au fond, ils sont un peu dans une époque, comme nous en 1968, quand certains de nos camarades partaient dans le Larzac pour élever des chèvres », observe en souriant un baby-boomer de 75 ans.
La morale de l’histoire, Coco Chanel a dit : « Personne n’est jeune après quarante ans mais on peut être irrésistible à tout âge. » Bon, c’est dit, c’est dit !